Mémoire

 

Mémoire

 

La vie est une succession de naissances.

 

Elle est une histoire dans l’histoire, une mise en abîme de sa propre réflexivité.

En venant au monde, lé nouveau-né fait l’expérience de la séparation dans le lien de corps fusionnel qu’il avait avec sa mère. C’est à partir de cette première séparation que chacun d’entre nous va construire son histoire personnelle.

Cette première séparation est la trame de fond, le scénario de base sur lequel toutes les histoires qui suivront pourront se nourrir et se répéter. De cette manière nous structurons notre ego, et c’est indispensable.

 

Nous vivons la perte de notre matrice originelle comme un traumatisme, sur lequel nous allons cristalliser d’autres blessures fondamentales.

 

Par conséquent, notre première tâche en tant qu’humain consiste à défaire cette succession de traumatismes, afin de nous rapprocher au plus près de l’état originel dans lequel nous étions à notre naissance : absolument ouverts à la réceptivité de l’expérience.

Le nouveau-né est un être naïf, pur, innocent. Il regarde le monde sans y voir aucune aberration, aucune erreur, et il plonge dans la vie comme un poisson dans la rivière. Il n’a, ni drame, ni revendication, ni plainte, il Est simplement.

Jusqu’au jour où il va faire une expérience douloureuse, et où il décidera qu’avoir mal n’est pas acceptable. A ce moment là, la vie devient dangereuse, et l’enfant se met à croire qu’en contrôlant les choses, alors il n’aura plus mal.

 

C’est ainsi que la plupart des enfants en nous deviennent des adultes : en refusant la douleur, et en créant la souffrance et le pouvoir. En possédant les choses, le temps, l’espace, les animaux, la nature, les gens, en ayant un contrôle sur eux, l’adulte imagine qu’il peut éviter la douleur. Il diabolise un phénomène naturel : l’émotion, qui permet l’apprentissage.
Il se détourne de l’expérience, en nourrissant les peurs, les remords, et l’inquiétude…

 

La souffrance est ignorance.

 

Ne dit-on pas « j’ai mal au cœur » ou « mon cœur saigne »…?
Mais un cœur saigne t-il, à moins d’être transpercé par une balle, une flèche ou une lame de couteau ?
Comprenons-nous ; s’il n’y a pas un couteau, une balle de pistolet, une hache ou une flèche plantée dans votre cœur… (vérifiez…)

Alors réjouissez-vous, vous êtes en vie !! Et rien, je répète, RIEN ne vous empêche de vivre, si ce n’est votre attachement à votre histoire personnelle…

 

Changez vos yeux !
Fermez les…

 

Fermez les yeux, fermez la bouche, et ouvrez vous à la sensation. Gardez la bouche et les yeux fermés jusqu’à ce que vous sentiez la vie qui vous transperce les os, chaque organe, chaque cellule, le sexe, la gorge, l’eau dans vos tissus, le sang dans vos veines, et tout ce qui vous constitue. Ne vous arrêtez pas de vous taire et de vous laisser submerger par votre propre corps.

Reconnaissez votre ignorance.

Osez plonger dans le silence et l’obscurité, car c’est cela qui vous sauvera…
Notre mère est en nous, nous sommes cette source qui abreuve et donne le sein à l’humanité.

 

L’histoire nous offre inlassablement de tout reprendre, de réécrire l’interminable chemin qui nous mène en nous-même, autant de fois que nous nous transformerons, aussi longtemps que nous vivrons. Il n’y a pas d’autre but.

La naissance est un cadeau de chaque instant, une mise à jour, un oubli salvateur, qui nous donne la puissance de reprendre l’histoire.

 

Toute notre vie, nos découvertes seront des parts de nous insoupçonnées, auxquelles nous n’avions pas accordé d’attention jusqu’alors.

 

Il nous est demandé de retrouver cette mémoire, ce savoir être de l’instant, de fondre le bitume jusqu’à la terre et de plonger nos plantes de pieds dans le grouillement du monde de l’infiniment petit, jusqu’à retrouver la parole de l’infini en soi.

 

C’est pourquoi il est si important, si fondamental, de vivre l’instant présent : parce qu’il nous permet de voir, voir ce qui vit en nous et autour de nous.

 

En retournant à l’instant présent, nous invoquons en nous la porte du cœur.
Cette porte est un chemin d’ouverture, d’accueil, depuis lequel nous pouvons nous sentir inspirés, et sensuellement aspirés, relationnellement régénérés.

 

Lorsque nous nous rappelons à nous même, par la méditation, la danse, la respiration, ou une quelconque autre pratique de présence et de corps, nous retrouvons la vastitude de l’ouverture, et nous fondons dans la matière, nous égrenons la préciosité de l’instant.

 

Chaque instant compte des milliers d’années d’histoire, nous pouvons y canaliser notre singularité d’être vivant.

 

Nous pouvons choisir de nous laisser surprendre par la quantité d’information qui transite continuellement entre chacun des êtres, des choses, des matériaux, atomes qui constituent la matière, et de faire de cette expérience un cadeau ou un fardeau…

 

L’ouverture est le maître mot du vivant ; car seul ce qui accueille peut recevoir.

 

« Et chaque jour, on ne compte pas les années,

La force nue revient, L’essor

Du premier instant ou du premier cri »

 

Mélissa, Avril 2019