Night walk

Il pleut fort.
Derrière la vitre de la grosse voiture rouge,
Un frêle parapluie rose à l’approche.

Elle toque à la vitre,
« Je monte ? »
Ses mots sont comme le verre,
Un verre bien rempli,
qu’on se renverse royalement sur les genoux…

Ses yeux à lui veulent regarder partout,
Tout voir, tout découvrir, tout dévorer.

L’orage gronde.

Les tensions se réveillent avec la nuit, noire
Et puis le noir,
Celui qu’elle a mis sur ses yeux
pour cacher ses cernes,
La nuit trop courte de la veille,
Et cette foutue maladie de merde qui lui pourrit les veines.

« On sort marcher dans la forêt ? »

Oui marcher,
Laver le mental qui hurle,
Sentir qu’il y a plus sauvage que lui, plus fort.
Sortir, défaire la cage.

D’abord manger.

Dans un salon deux lions cognent sur les mots,
Tentent de s’apprivoiser.
La foudre fracasse le ciel

« Un, deux, trois, quatre… »
« On ne devrait peut-être pas y aller, c’est dangereux ! »

Mais la nuit absorbe les mots.

Et mieux vaut prendre la pluie, prendre la foudre,
C’est encore plus sûr que tous ces mots
qui trébuchent, nus encore et encore.

La faim reste

Chacun sa langue, son rythme, sa propre fièvre.
Les pas se cherchent et s’accommodent quand même,
D’une lampe pour deux.

Noir.
Seules quelques lueurs dans les villages au loin.
L’odeur d’un cadavre qui fume dans le nez,
Mais l’esprit du loup est plus fort, solide avec eux ;
Ce soir,
la mort n’effraie personne.

Accompagnés par les salamandres de feu,
Deux parapluies s’enfoncent dans la forêt…

 

Octobre 2019, Mélissa