Sarbacane

En réveillant la conscience supérieure,

on rend la parole à ceux qui n’en n’ont pas-

Donner des coups,

c’est sécher son encre.
Avec les mots,
on rempli son carquois.

Qui peut parler, hurler, murmurer,
ravive la vie qui s’oublie.

Les mots comme des
fléchettes empoisonnées,

glissées sous ta peau d’échappement,

poison immortel qu’est

l’amour inconditionnel-

A l’instar d’une civilisation en plein bouleversements,
parler, c’est restaurer la souveraineté individuelle,

et faire des analphabètes,

des handicapés, des fous,

des réfugiés,

des étiquetés en tous genre,

le nouvel éclairage public –

Sarbacane

Le langage de la Création

L’inattendu est un trésor
dont chaque instant révèle le suivant…
En restant ouvert,
la création imprime,
sans qu’on ait rien voulu pour elle,
sa propre peau
dans l’écorce de nos doigts.

 

Mélissa, Novembre 2019

Les mots

Les mots, les pauvres
Ont étés couchés là
Sans cesse travestis
Investis
D’une si lourde responsabilité:
Le devoir de traduire de nous
tout ce que nous ne saurions être sans eux-

 

Mélissa

Oublies toi

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« S’oublier »
Cela semble si inaccessible, qu’il me faut le théoriser pour l’approcher !

J’ai le souvenir encore fleurant de celle qui en moi veut tout, tout de suite.

Et puisque je me le propose: combler le désir des autres, ne laisser aucune place à l’insatisfaction. Leur faire passer la porte, séance tenante, et prendre pour moi la responsabilité de leur bonheur ou de leur malheur.

Quoi d’autre ?

Permettre d’atteindre à une satisfaction immédiate, qui ne coûterai rien, pas un effort, ni même un temps mort, surtout pas !

Tel serait le prix,
Et on ne se le dit pas,
De l’amour qui ne ternit jamais.

Ainsi je me suis crue infatigable, ainsi j’ai toujours pensé l’avidité comme un manque, un trou à combler, une béance intolérable.
Et celle des autres, si inacceptable, que je devais y pourvoir.
Me faire pansement et boucher les fuites.

Mais le temps passe…
Et il me parle, m’enseigne, avec une langoureuse et experte patience.

Il dit;
« Qu’est-ce que le manque, si ce n’est la présence de ton désir ?
Ton irrépressible envie de vivre ne peut-elle pas se nourrir d’elle-même ? »

Il y a ces jours, où rien en moi ne se contente.
Ça cherche ailleurs sans aller plus loin que que le pas de porte, une habitude qu’on a bien rodée: celle du devoir d’abonder pour fournir l’insatiable en nous et autour de nous.
Vous la voyez, cette épuisante habitude, menant sa ronde comme une armée d’hommes et de femmes portant l’habit de deuil ?

Comme un voile.
Un voile sur le vide que personne n’a pu embrasser, et qu’on a repoussé pour toujours ne pas s’avouer, que nous ne sommes que des êtres bancals, incomplets, inachevés.

Se l’avouer.
Se le permettre.
Se le reconnaître.
Qui sommes nous lorsque nous n’essayons rien de prouver ?

Ce qui me rempli, c’est ce qui me touche.
Ce qui me comble, c’est de sentir mon désir.
C’est ce qui tente, résiste, essaie en moi,
qui me permet de faire, de créer avec ce qui m’échappe.

Ce qui échappe, ce vide, c’est cette petite mort que l’on ne se donne jamais. Parce qu’on la confond avec la grande faucheuse, aussi séduisante qu’un somnifère qui pourrait nous délivrer, (mais la honte nous l’interdit), du mal de notre impatience.

L’absurde absurdité, c’est de vouloir combler les trous !
Ne pourrions-nous pas enrayer notre mal de vivre par l’absence de nous penser ?

Prendre un sac, prendre un chemin de forêt, s’employer à enchaîner nos pas, manger quand la faim prendra au ventre, faire un feu quand le froid percera nos os, dormir quand la fatigue alourdira nos paupières.

Si haut que la tour de Babel ait été bâtie pour que l’homme puisse dominer la nature, elle fut détruite par le déluge.

Puissions-nous nous laisser faire par nos milliers de fuites en avant.

Comme l’eau qui coule en nous par les émotions et nous rappelle à notre nature.
A l’image de la Terre, à l’image de l’Univers, l’humain est un précipité, une chimie, en constante perturbation.

J’aime que Beaudelaire ai écrit : « Enivrez-vous ».
Car c’est bien de cela dont il s’agit.
Et surtout,
Oubliez-vous !

 

Mélissa.

Hymène

Hymène,
Mon antre Humaine.
Ton H s’érige sous la chahute, cahote, hérisse ton sens de la réalité.
Tout bascule pour toi comme pour Elle.
Hélas, pas de repos.
On s’inflige bien du mal, des hontes,
des éoliennes à vent creux pour alimenter nos cerveaux qui halètent,
voudraient,
de l’air
simplement, respirer.

Hymen sacré, incarné pour s’élever, engendrer, créer, soulever,
avec grâce,
toute la pluie,
l’eau de nos corps constitués.

Héritage, mon trésor.
Hérité en poison.
Souillé par le mensonge, la fierté, l’horreur des êtres tristes, rejetés, décadents.
Mais dans le feuillage des hêtres,
tu renais,
homologuée, conforme à toi-même,
divine par essence,
habitée par ton âme.

Que fait l’homme, sans visage ?
Que fera l’homme, sans otage ?

Il faudra l’enterrer ta hache, pour que s’ouvre enfin,
libre,
ta voix sur l’Asphalte,
l’herbe repoussera,
la forêt s’égaiera,
et l’Humain,
refleurira…

 

 

Mélissa, 2017
-Extrait d’une pièce qui n’a jamais vu le jour-

Le Grand Amour

Suicide au Grand Amour
ou
Métaphore d’un Ennui >>>

Quand quelqu’un est une option dans ta vie,
Tu ne peux pas le voir.
Tu ne peux que l’espérer ailleurs, mieux, différent.

En regardant nos manques,
Nous y trouvons la source de toute notre confusion.

S’ennuyer, c’est se manquer à soi-même,
Eprouver le manque d’un autre, c’est se manquer à soi-même.

Aujourd’hui, je veux divorcer du Grand Amour,
celui qui n’a de cesse d’être remis à plus tard…

Car là où je ne peux m’engager,
Je ne peux être libre.

Et on aime dans la présence,
pas dans l’absence_

-Texte dédié à tous les frères et soeurs
venus à moi ces derniers temps avec des coeurs si lourds,
qu’il m’a fallu retrouver en moi,
l’insoutenable légèreté de mon être !-

 

Avec amour,
Mélissa

Night walk

Il pleut fort.
Derrière la vitre de la grosse voiture rouge,
Un frêle parapluie rose à l’approche.

Elle toque à la vitre,
« Je monte ? »
Ses mots sont comme le verre,
Un verre bien rempli,
qu’on se renverse royalement sur les genoux…

Ses yeux à lui veulent regarder partout,
Tout voir, tout découvrir, tout dévorer.

L’orage gronde.

Les tensions se réveillent avec la nuit, noire
Et puis le noir,
Celui qu’elle a mis sur ses yeux
pour cacher ses cernes,
La nuit trop courte de la veille,
Et cette foutue maladie de merde qui lui pourrit les veines.

« On sort marcher dans la forêt ? »

Oui marcher,
Laver le mental qui hurle,
Sentir qu’il y a plus sauvage que lui, plus fort.
Sortir, défaire la cage.

D’abord manger.

Dans un salon deux lions cognent sur les mots,
Tentent de s’apprivoiser.
La foudre fracasse le ciel

« Un, deux, trois, quatre… »
« On ne devrait peut-être pas y aller, c’est dangereux ! »

Mais la nuit absorbe les mots.

Et mieux vaut prendre la pluie, prendre la foudre,
C’est encore plus sûr que tous ces mots
qui trébuchent, nus encore et encore.

La faim reste

Chacun sa langue, son rythme, sa propre fièvre.
Les pas se cherchent et s’accommodent quand même,
D’une lampe pour deux.

Noir.
Seules quelques lueurs dans les villages au loin.
L’odeur d’un cadavre qui fume dans le nez,
Mais l’esprit du loup est plus fort, solide avec eux ;
Ce soir,
la mort n’effraie personne.

Accompagnés par les salamandres de feu,
Deux parapluies s’enfoncent dans la forêt…

 

Octobre 2019, Mélissa

Ajuster son bâton

J’ai un bateleur à la maison…
Cette force d’action qui fuse dans tous les sens me rappelle au non choix.

Le non choix d’un père…

Je me souviens d’une colère, noire, monstre,
car j’ai besoin de L’entendre ; et le silence est le seul moyen que j’ai.

Il est indispensable à la pénétration du sacré…

Je suis prête, et déjà sur le chemin intérieur.
Parfois, la sensation que le petit Pan à mes côtés m’empêche
d’écouter,
de dormir,
de reposer,
de m’habiter…

Elle…
Ou moi, je ne sais pas.

Dois-je donner un contenant plus dense pour que le sens émerge ?

Soupir.
Le souffle ne passe pas au bon endroit.
Je dois ajuster ma baguette,
pour que la lumière atteigne le centre,
éclaire le juste lieu.

Comment utiliser mieux mes talents pour orienter cette lumière ?
Que n’ai-je pas accepté de cette force première ?

Mon immobilisme confrontant mon et son instabilité…
“Silence, Ecoute!” sont-ils les seuls atouts que j’ai dans ma manche ?

Petite bateleuse, tu me pousse déjà dans les bras d’une Papesse, que je n’ai fait qu’ignorer.
Laisse moi le temps d’avaler les étapes, car trop je soupire de devoir aller si vite.

L’heure te bat,
elle pousse,
te pousse.

Enfant parfaite,
Chaos indomptable.
Moi mère,
Enfant qui a grandit.
Fait grandir …

Oh bateleur,
ouvre moi la voie,
car il me faut transmettre ce trésor fraîchement découvert ;

Lui : “L’Art est le seul moyen.”
Moi : “Qu’il en soit ainsi.”

 

Mélissa

Où demeure la conscience

Une fois saisie
La conscience s’est échappée.
Demeure une trace
Celle là qui est le souvenir
De l’histoire qui se rappelle à elle même.
Ainsi la conscience
Fugitive
Ne fait que trouer le champ du psychisme
Pour restaurer en nous
L’instantanéité d’une pensée sans cesse renouvelée
par la question qui reste sans réponse,
le meilleur antidote à l’immobilisme…

 

Mélissa

Le choix

Le choix –

Lorsque tu te sens dans l’angoisse d’un choix à faire,
Tu vis cet entre-deux douloureux où tu penses encore que tu peux agir ou contrer ce qui est…

Lorsque survient la question du choix,
Rends-toi compte que choisir est une illusion.

L’esprit qui voyage dans le champ morphique a déjà reçu l’information qui fait bouger la matière.

Hésiter, c’est contenir l’inévitable.
C’est créer un conflit à partir du réel.
C’est remettre à plus tard ce qui est déjà là.
C’est essayer de donner à ce qui est, un autre cours…

Pendant que le mental essaie d’appréhender une suite logique et conforme de causes et de conséquences,
L’information est déjà en cours de création.

Il n’y a pas de futur potentiel, il n’y a que le présent.
La seule chose que nous pouvons véritablement choisir,
C’est de renouveler notre conscience du choix.