A vous, les paumés…

A vous, les paumés…

 

Chaussez-les, vos rangers…

 

Les ogres ont le talent de leurs imperfections.
Et j’en suis.

 

J’en serai toujours, même si j’ai renoncé à mon côté punk, que je n’ai jamais rien pris comme drogue dure, même si je ne fume plus, même si je n’ai pas bu depuis… Ah ouais ça fait vraiment longtemps ! …

 

Il me reste mes rangers dans un coin.

 

Pas pour la frime, pas pour le style, mais pour ce à quoi ça me rappelle.

 

On a tous une paire rangers dans un coin, qui nous donne un petit côté « freaky », et c’est ce truc précis qui te rappelle la part de toi qui est révoltée contre l’injustice- contre la passivité- contre la négligence- contre la médiocrité- …

 

Je suis une tête de mule aigrie de mépris, et je m’en excuse.

 

Mais c’est ce truc précis, qui fait qu’à un moment on se sent vivant, et ça fait mal.

 

Alors on choisi, tôt (parfois très tôt) ou tard, entre la télé et le vivant qui tranche saignant dans l’existence à fleur de peau.

 

Pour de bonnes raisons, nombreux sont ceux qui ont jeté leurs rangers, ou qui ne les ont jamais portées mais qui font croire, que parce qu’ils ont a un avis critique, et d’ailleurs qu’ils critiquent tout, existent, résistent, et se sentent « différents », plus légitimes que d’autres même !?

 

Mais la différence est un luxe ! Que seuls ceux qui ont su baigner dans leur merde sans la boire peuvent revendiquer porter sur eux ; une marque du changement, de celui qu’on pourrait nommer ; « Le passage de la Lumière », la marque de fabrique de ceux qui ont été félés, cassés, brusqués, et qui depuis servent de passage, d’ouverture, qui ne rend plus personne indifférent, et souvent on a peur.

 

De soi.

 

De cette Lumière qui nous sort des tripes et qu’on ne peut plus ranger, qui fait de nous des inadaptés, des consciences subtiles mais sauvages, aux gueules froissées, aux mondes intérieurs décalés et de fait cruels…

 

Souvent on a peur, de l’autre, qui nous renvoie en nous même, cette part de sauvagerie furieuse, cette rage de vivre sans politesses et sans mensonges. Et souvent on a peur, parce qu’on avait pas réalisé, qu’en fait on est pas seuls.

 

Les fous apprendront à se reconnaître entre eux, et sachons le, nous sommes nombreux.

 

J’écris pour mes frères, qui ont rendu l’arme, ivres de larmes, overdosés à mort, défenestrés, pendus, suicidés, sans qu’on ait jamais pu y croire pour eux.

 

Je me dis qu’il faut les entendre, ces gens qui ne croient pas en eux, ni en rien, et qui ont appris à tenir bon ce qu’ils ont pu, comme ils ont pu.

 

Je parle de ces gens qui n’inspirent plus personne, qui sont traités, regardés comme des causes perdues, ces gens qu’on est au plus tôt soulagés, de ne plus avoir à les penser.

 

Et au paroxysme de notre indélicatesse, nous culpabiliserons de nos morts-vivants encore tenus à un fil par l’existence, inutiles en puissance.

 

Je voudrais leur dire, je voudrai vous dire, à vous tous qui crevez d’asphyxie, que je vous comprends.

 

Je comprends cette solitude, cette certitude que personne n’entend, que personne ne comprend, que personne ne peut rien, ne veut rien, ni pour eux, ni pour ce monde qui s’en fou, et qui fou tout par terre…

 

Je vous reconnaît comme frères.

Et quand je passe au coin des rues, et que je vous sent d’alcool et de noir, une bière, encore une, pour vous noyer dedans, vous qui dormez, dehors, et vous qui vendez vos corps, et vous qui fumez, vos clopes et vos pétards et tout ce qui vous donne une illusion et même parfois, insidieusement, une contenance bordel ! Des plus assumés aux plus torturés, planqués, cachés sous des airs, je vous vois, je vous reconnaît…

Je vous vois, je vois vos morts.

 

Et je me demande, si vous pourriez, l’ouvrir encore, plus grande, votre douleur… ?

Assez grande, pour sentir encore…

Vous changerez demain, et vous changez déjà, avec vos gueules de pas y croire.

Le petit demain sur le pas de votre porte.

Le petit demain qui n’a l’air de rien, ce même rien qui vous maltraite, il vous donne du goût…

Un goût de merde peut être, mais un goût quand même.

 

Ne voyez pas ici une apologie du petit colibri qui vous exhorterai à faire « votre part ».
Si vous ne faîtes rien, rien qui se voit, vous êtes quand même, et God Bless You, ALSO…
Entendez simplement la voix d’une femme qui se retient depuis longtemps.

 

Merci à vous tous qui sombrez en vous même, vous me faîtes sentir moins seule,

 

Merci à vous tous, qui n’avez l’air de plus rien, grâce à vous, je supporte ma gueule chaque matin,

 

Merci à vous tous qui avez tellement mal, c’est un début,

 

MERCI, car c’est vous qui sonnez l’alarme…

 

Vous faîte parti de ce monde, vous êtes des parts indispensables.

 

Merci d’exister…

 

 

Mélissa, 2018